Archive for juin, 2010


Dans ce numéro, nous Vous proposons d’entretenir la mémoire de ces héros qui sont morts pour l’indépendance du Cameroun. Ils ont été assassinés, emprisonnés ou torturés par les agents de la colonisation et par les autorités d’après indépendance.

RUBEN UM NYOBE

Ruben Um Nyobe est un leader nationaliste camerounais et précurseur des indépendances en Afrique francophone né en 1913 à Eog Makon et mort assassiné le 13 septembre 1958 en pays Bassas.

RUBEN UM NYOBE

Um Nyobe est l’une des figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, comme Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié, avec qui il partage la même fin dramatique. Il est officiellement proclamé Héros national par l’assemblée nationale du Cameroun le 27 juin 1991.

Enfance

Ruben Um Nyobe est né à Eog Makon non-loin de Boumnyébel, ville du Cameroun située dans l’arrondissement d’Eséka, à environ 70 km de Yaoundé, de l’union de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nonos, tous deux paysans Bassa. Il a fait ses études primaires dans les écoles présbytériennes locales.

Vie politique

Il ne participe pas à la création de l’Union des populations du Cameroun la nuit du 10 avril 1948 dans un café-bar de Duala-Bassa denommé « Chez Sierra »[1]. Toutefois, malgré son absence cette nuit là Chez Sierra, la présence de la majorité des membres fondateurs de l’UPC qui sont aussi membres du bureau directeur de l’USCC dont Ruben Um Nyobè en est le sécrétaire général, suggère qu’il en fut informé. Suite au laxisme du premier secrétaire général de ce parti nationaliste, Ruben Um Nyobè connu pour sa véhémence est propulsé à la tête du parti au mois de novembre 1948, il s’y caractérisera par son franc-parler et ses nombreux écrits. Il s’opposera au pouvoir colonial français et réclamera selon ses termes « une indépendance totale et immédiate »[réf. nécessaire] suscitant alors une prise de conscience nationale et provoquant la décolonisation qui allait suivre en 1960, après lui. Véritable virtuose de son époque, il se rendra deux fois aux Nations unies grâce aux cotisations de pauvres paysans camerounais afin de plaider la cause du Cameroun.

Pour certains, lorsque l’on évoque le nom de Ruben Um Nyobè, ils pensent à deux choses : « indépendance immédiate, et réunification ». Or en procédant ainsi à une telle énumération, ils se trompent totalement. Cette confusion, ou, plus précisément, cette erreur, provient purement et simplement des adversaires de Ruben Um Nyobè qui, après avoir procédé à son élimination physique, ont entrepris de déformer, à dessein, sa pensée politique, dans le but de démontrer à la population qu’ils ont réalisé son programme, sans recourir, comme lui, à des meurtres, des assassinats, du brigandage, en un mot, au « terrorisme » [2]. En effet, on peut lire dans sons discours devant la 4e Commission de tutelle de l’Assemblée générale de l’ONU au mois de décembre 1952 : « il est question de demander à l’organisation des nations unies de trouver de véritables solutions qui permettront aux camerounais d’accéder à leur indépendance dans un avenir raisonnable c’est- à-dire le plus proche possible. Et nous sommes modérés dans notre action. Nous ne demandons pas d’indépendance immédiate. Nous demandons l’unification immédiate de notre pays et la fixation d’un délai pour l’indépendance. » [3]

Ruben Um Nyobè plaçait donc la réunification en dehors de l’indépendance. Il estimait que celle-ci était même un préalable à l’indépendance, donc elle devait se produire bien avant l’indépendance. C’est ainsi qu’il proposa à l’ONU « (…) un programme-école, c’est-à-dire, un programme dont l’exécution permettrait aux Camerounais de recevoir une formation adéquate, pour pouvoir assumer les charges d’Etat découlant du recouvrement de notre souveraineté »[4]. D’après son allocution, c’était « (…) pour permettre aux citoyens de notre pays d’apprendre, pendant un laps de temps, à diriger, sous l’égide d’un haut-commissaire de l’ONU, le gouvernement de leur pays » [5]. Quand à la durée du programme-école, il proposa une période « (…) de dix ans préparatoire à l’indépendance ». [6]

Deux mois avant les émeutes de mai 1955 qui couteront la vie d’après le bilan officiel à 25 personnes (2 européens et 23 camerounais dont un policier) et 62 policiers blessés … [7], il rentre dans le maquis et refuse de se présenter au tribunal le jour de l’audience de « l’affaire De Gelis contre Um »[8] [9]. Dans le maquis, il crée le 2 décembre 1956, au cours d’une réunion de responsables de l’Upc, une armée dénommée le Comité National d’Organisation (CNO) dont le chef militaire est Isaac Nyobè Pandjok, un ancien combattant de la seconde guerre mondiale, il est ni plus ni moins q’un militaire aguerri [10]. En outre, il entreprend de mettre aussi en place, une véritable administration parallèle à celle des colons au Cameroun. Cette administration entreprit alors d’établir des actes officiels tels que les actes de naissances, les actes de mariages, les cartes d’identités « kamerunaises » et les titres fonciers, etc [11].

Pierre Messmer, le nouveau haut commissaire est favorable à une reprise du dialogue avec Ruben Um Nyobè. Paul Soppo Priso crée le 9 juin 1956, en collaboration avec Ruben Um Nyobè, un mouvement politique dénommé: le Courant d’Union Nationale. Le 23 décembre 1956, l’Assemblée Législative du Cameroun remplace l’Assemblée Territoriale du Cameroun et des élections législatives sont prévues. Les candidats peuvent se présenter en leur propre nom. Le 28 novembre 1956, se tint à 10 km de la ville d’Ebolowa, un congrès du Courant d’Union Nationale pour trancher de la participation de ses membres au dit scrutin. A l’issue des débats, les partisans du boycott du scrutin, par les upécistes l’emportèrent, sur ceux de la participation à celui-ci [12]. A l’issue de ces élections, André-Marie Mbida, député du groupe parlementaire des Démocrates Camerounais qui deviendra plus tard le Parti des Démocrates Camerounais, est désigné chef de l’Etat et Premier ministre de l’Etat autonome du Cameroun sous tutelle des Nations Unies par 56 voix pour et 10 contre [13].

Toutefois, le scrutin ne s’est pas déroulé dans la région de Ruben Um Nyobè à cause des troubles. Au lendemain de ces élections du 23 décembre 1956, Pierre Messmer suggère alors l’organisation d’une élection partielle, tout spécialement pour Ruben Um Nyobè, afin de l’intégrer à l’Assemblée législative du Cameroun [14]. Il envoie de ce fait l’archevêque de Douala, Thomas Mongo à la rencontre de Um Nyobè pour des pourparlers. Celui-ci déclare que les « les institutions mises en place sont fantoches car l’Upc n’en a pas le contrôle »[15] et exige d’être « désigné Premier ministre, à la place d’André-Marie Mbida »[16]. Il demande « que Pierre Messmer accepte une rencontre publique avec lui » [17] et « que l’Upc forme un gouvernement d’union nationale »[18]. Lors de la deuxième rencontre avec le prélat, « il lui fait savoir que le Comité Central de l’Upc a siégé, et qu’il a conclu que Ruben Um Nyobè ne peut accepter qu’une seule et unique chose : le poste de Premier ministre et rien d’autre »[19].

Or, c’est la coalition parlementaire Paysans Indépendants, Union Camerounaise (UC) et Démocrates Camerounais (DC) qui gouverne. De plus ces groupes parlementaires forment à eux seuls la quasi totalité des députés à l’Assemblée Législative. Une élection dans la région de Ruben Um Nyobè ne changera pas le rapport de force. De plus le Haut Commissaire Pierre Messmer ne peut pas juridiquement revoquer le Premier ministre André-Marie Mbida. En effet d’après les statut de l’Etat autonome du Cameroun, un haut-commissaire ne peut en aucun cas démettre un Premier Ministre de ses fonctions [20].

Assassinat

Il fut abattu par l’armée française le 13 septembre 1958 dans la forêt où il se cachait, après que les troupes coloniales françaises l’eurent localisé, grâce à des indiscrétions de quelques « ralliés ». Après de longs mois de traque infernale et fort meutrière contre tous ses partisans, tous tués ou capturés les uns après les autres, son campement fut localisé en début septembre 1958 par le capitaine Agostini, officier des renseignements et par M. Conan, inspecteur de la sûreté. Um Nyobe fut tué de plusieurs balles, tombant sur le bord d’un tronc d’arbre qu’il s’efforçait d’enjamber ; c’était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l’ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif. Après l’avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu’au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut « détruire l’individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissable », affirme J.-A. Mbembe. C’est dans le même esprit, poursuit-il, qu' »on ne lui accorda qu’une tombe misérable et anonyme. Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n’y furent inscrits. Puisqu’il fallait nier tout ce dont sa vie témoignait, en faisant un mort sans visage, rien ne devait subsister qui fît briller sur ce cadavre un dernier reflet de sa vie. Les autorité coloniales le firent enterrer sans cérémonie, immergé dans un bloc massif de béton.

En fin de compte, au vu des initiatives prises les hauts-commissaires qui cherchaient à négocier avec Ruben Um Nyobè – compte tenu du comportement de l’empire colonial français qui ne fit tuer aucun leader nationaliste dans ses territoires et colonies (Indochine, Algérie, Guinée, Algérie, Maroc, Tunisie, …), se contentant juste de les faire prisonnier ou de les envoyer en exil – en supposant que Um Nyobè ait effectivement refusé d’obtempérer lorsque le sergent-chef le lui demanda [21] – on peut objectivement se poser les questions suivantes :

1. Pourquoi l’administration coloniale française a-t-elle fait tuer Ruben Um Nyobè alors qu’il était moins redoutable que: Hô Chi Minh, Ben Bella, Sékou Touré ou Habib Bourguiba ?
2. Pourquoi la France a-t-elle changé sa politique qui consistait à faire prisonnier les leaders nationalistes comme ce fut le cas avec Habib Bourguiba en Tunisie ?
3. Pourquoi Um Nyobè a-t-il continué à courir alors que le sergent-chef lui disait « halte ! sinon je tire!», «halte! sinon je tire!», «halte, sinon je tire!» comme le rapporte Georges Chaffard ?
4. Quelle est la responsabilité de Ahmadou Ahidjo, le Premier ministre et Chef de l’Etat en fonction lors de l’assassinat de Ruben Um Nyobè ? D’ailleurs, lorsque l’on lui rapporta la nouvelle sur l’assassinat de Rubem Um Nyobè, il s’exclama ainsi au cours d’une fête : « Mesdames et messieurs, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Le bandit et terroriste Ruben Um Nyobè vient d’être abattu, comme une bête sauvage, en pleine forêt. Etant donné la joie qui m’habite, je m’apprêtais déjà à partir, mais, je vais encore rester avec vous, et je demande à l’orchestre de jouer ses meilleurs morceaux, et au maître d’hôtel de nous servir encore du champagne… »[22]

Postérité

L’Etat cherchait ainsi à brouiller définitivement les liens de Um avec le sol où il reposait, et où, selon le principe de l’autochtonie propre à la société dont il descendait, se perpétuaient ses rapports avec sa lignée, sa descendance. Il s’agissait, au total, d’effacer UM de la mémoire des hommes en le renvoyant au chaos où il ne serait plus strictement personne ». Il fut traité ainsi, achève Joseph-Achille Mbembe, « pour s’être opposé sans compromis au régime colonial et pour avoir résisté à la corruption à laquelle recourait l’administration pour vaincre moralement les Africains qui osaient se dresser contre elle ».

Il est significatif de voir que, cinquante après sa mort, l’Etat post-colonial camerounais peine, non seulement à rendre hommage à ce héros et martyr de la lutte contre les dominations coloniales, mais qu’il refuse même tout simplement de laisser évoquer son nom dans l’espace et la mémoire collective. Les manuels d’histoire et documents officiels du pays bannissent toute référence à sa personne, alors même qu’il est le seul, en son temps, à avoir réussi à articuler un projet clair d’accès de son pays à l’indépendance. A tout jamais gêné par ce cadavre dont il porte lourdement la malédiction, incapable de donner une justification cohérente de son expulsion du champ des savoirs, L’Etat du Cameroun ne trouve justification que dans le silence. Le même silence que celui dans lequel il persiste à faire vivre ce mort.

Félix-Roland Moumié

Félix-Roland Moumié , né en le 1er novembre 1925 non-loin de Foumban et mort empoissonné à Genève le 3 novembre 1960, est un médecin et homme politique camerounais.

FELIX MOUMIE

Moumié est une des grandes figures de la lutte pour l’indépendance du Cameroun. Fervent nationaliste, il succède à Ruben Um Nyobe comme tête de file de lutte pour l’indépendance du Cameroun. Il a été officiellement proclamé héros national par la loi du 16 Janvier 1991 de l’Assemblée National du Cameroun.

Enfance

Félix-Roland Moumié est né en 1925 à l’hôpital de Njissé localité située à proximité de la ville de Foumban, de Samuel Mekou Moumié évangéliste à la mission protestante et de Suzanne Mvuh. Il commence études primaires à l’école de Bandjo, les poursuit l’école protestante de Njissé, puis à l’école publique de Bafoussam (CMI), et les achève à l’École Régionale de Dschang (CMII)où il obtient avec brio le Certificat d’Études Primaires.

En 1941, il est reçu au concours d’entrée à l’École Supérieure Édouard Renard de Brazzaville. Élève très brillant, il poursuit ses études en s’orientant dans la médecine en s’inscrivant à l’École Professionnelle William Ponty à Dakar en 1945. Il retourne au Cameroun en 1947 où il entame une carrière professionnelle de chirurgien.
Famille [modifier]

Le 22 juillet 1950, Moumié épouse Marthe Ekemeyong. Ils auront deux filles: Annie Jecky Berthe Moumié née à Bibia (Lolodorf) le 26 mai 1949 et Hélène Jeanne Moumié dite Mekoué début janvier 1951 à Enongal.

Carrière politique

La rencontre avec Ruben Um Nyobe

A son retour au Cameroun en 1947, le médecin Moumié est affecté Kribi, ville côtière de la région du Sud. C’est dans cette ville qu’il va rencontrer pour la première fois le nationaliste Ruben Um Nyobe. En effet en 1948, Ruben Um Nyobe de retour de la conférence du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), avait pu obtenir de monsieur Darbousier, ancien professeur du docteur Moumié, une lettre de recommandation. L’objectif de Um était clair : faire de ce jeune médecin un membre de l’UPC. Les deux hommes se rencontre et échangent longuement. Ils discutent de tous les sujets préoccupant, et Moumié adhère à l’UPC. Cette visite constituera le début d’une brillante carrière politique .

Le militant

En 1948 Moumié est muté pour l’hôpital de Lolordof, ville du sud du pays. Il dirigera ensuite cet hôpital pendant 2 ans. En avril 1950, il sera élu vice-président de l’UPC lors du congrès de Dschang, puis plus tard la même année vice-président de la conférence des partisans pour la paix. Face à ce militantisme grandissant, l’autorité française réagit. Il sera tour à tour envoyé dans les Villes de Bétaré-Oya dans la région de l’est du pays, puis Mora et Maroua dans la région de l’extrême nord. Ces affectations disciplinaires, malheureusement pour les français, n’auront pas l’effet escompté. Partout où il passe, Moumié introduit l’UPC et parle de nationalisme et d’anticolonialisme. Ainsi les Baya de Bétaré-Oya et une partie de la population du nord Cameroun rejoignent les rangs de l’UPC.

Mais Tout ceci ne se fait pas sans heurt. En effet Félix-Roland Moumié doit faire face à la méfiance et parfois même à la haine des Lamibé, les chefs traditionnels du nord Cameroun. Le lamido Yaya Dahirou ira même jusqu’à attenter à sa vie. Moumié est également l’objet d’une surveillance étroite des autorités françaises locales. Guy Georgy, l’administrateur français qui dirigeait la région du Diamaré avoue qu’il contrait systématiquement toutes les actions de Moumié en usant du viol de correspondance, de perquisitions illégales, de surveillance à la jumelle de domicile Moumié et de tentatives de corruption.

En 1952, Moumié sera élu président de l’UPC lors du congrès d’Eséka (le deuxième du parti), malgré son absence lors du scrutin pour des raisons professionnelles. Une brillante campagne dont le slogan était « Résolution des problèmes fonciers, l’encouragement des cultures de rente, la revitalisation de l’art Bamoun », ne lui permettra pas de gagner de siège à l’Assemblée Territoriale du Cameroun (ATCAM) contre le roi Bamoun.

En 1954, La lutte se poursuit. Ruben Um Nyobe est invité à s’exprimer aux Nations unies le 24 et 25 novembre 1955. Cette intervention soulève beaucoup de questions et a pour effet la création d’une mission de visite au Cameroun. La réaction française est immédiate: Roland Pré, gouverneur français d’outre-mer, est nommé nouveau haut-commissaire au Cameroun et il sera installé dans ses nouvelles fonctions le 2 Décembre 1955. L’objectif français semble de briser l’UPC quel qu’en soit le prix. Pour mener à bien sa tâche, Pré décide de garder un œil sur tous les leaders du parti, en les regroupant tous dans la ville de Douala. C’est ainsi que le 23 janvier 1955 Moumié est muté dans la ville de Douala pour exercer à l’hôpital Laquitinie. C’est dans cette ville que sa carrière politique prendra un tournant décisif.
Les massacres de mai 1955 [modifier]

Deux élèvements majeurs vont conduire le Cameroun à l’un des plus grands si ce n’est le plus grand massacre de tous les temps de son histoire:

* Le 9 février 1955 Roland Pré publie un texte de loi selon lequel  » droit est donné à toute autorité, de requérir la force publique pour disperser toute réunion suspecte de plus de deux personnes ».

* Le 22 mai 1955, Après avoir signé un texte exigeant la fin du régime de tutelle et demandant l’indépendance immédiate du Cameroun, l’UPC adopte l’emblème national « crabe noir sur fond rouge » au cours d’un meeting.

La population camerounaise se mobilise pratiquement sur tout l’étendue du territoire.

Mercredi 25 Mai 1955, Roland Pré fait une conférences de presse pour attaquer l’UPC. Moumié contrattaque en organisant un meeting pour démentir les propos de Roland Pré. La foule est nombreuse. L’armée coloniale française décide d’intervenir et l’irréparable se produit. On ouvre le feu sur les militants alors ceux-ci ne sont pas armés. Les conséquences seront dramatiques: on dénombre plus de 1000 morts pour le seul quartier de New-Bell alors fief de l’UPC. Plusieurs villes sont concernées par cette répression sanglante qui se poursuivra jusqu’au 30 mai 1955: Douala, Yaoundé, Nkongsmba, Mbanga, Loum, Manjo, Mombo, Ngambe, Edéa, Eseka, Bafoussam, Obala,…. Aucun bilan officiel n’a jamais , mais certaines sources parlent de 5000 morts sur tout le Cameroun.

Suite à la réprobation nationale et internationale de ce massacre, le parlement français crée une commission d’enquête dont le rapport n’a jamais été rendu public. Cependant, le 13 juillet 1955, l’UPC, de l’UDEFEC (Union Démocratique Des Femmes Camerounaises) et de la JDC (Jeunesse Démocratique du Cameroun) sont interdits au Cameroun. Le siège de l’UPC est saccagé.On procède à de nombreuses arrestation et les principaux dirigeants s’enfuient. Ruben Um Nyobé passe dans la clandestinité, Moumié traverse d’abord le Moungo pour rejoindre le Cameroun britannique où il s’installera pour deux ans.

Il ira ensuite puis en Égypte où il sera accueilli par le président de la république Gamal Nasser, auGhana et en Guinée où il sera accueilli à Conakry par le président de le république Ahmed Sékou Touré

L’asile politique


Le passage par le Cameroun britannique

En 1955, après la traversée du Moungo, Moumié pose ses valises dans le Cameroun britannique. Ses talents de militants et de meneurs d’hommes sont très rapidement mis à contribution. En effet, il participe activement à la vie politique dans cette partie du Cameroun en martelant sans cesse « indépendance et réunification du Cameroun ». Plusieurs comités centraux sont créés (on en comptera 21 en 1957). Il participe également à la création du « One Kamerun » avec Abel Kinge, Ernest Ouandi, et plusieurs autres, mouvement à la tête duquel est placé Winston Ndeh Ntumazah.

Cependant, les français ne relâchent pas l’étreinte. Le 14 août 1956, un commando français part de la base militaire de Koutaba située dans le département du Noun de la région de l’ouest du Cameroun, avec pour mission d’assassiner Moumié. Pour une raison inexpliquée, cette tentative échoue. En représailles, les bureaux de l’UPC à Bamenda sont saccagés. Plusieurs coups de feu sont entendus non loin des domiciles des dirigeants du parti.

Le 30 mai 1957, l’UPC est officiellement déclarée illégale dans le Cameroun britannique. A la date d’aujourd’hui on ne sait toujours pas ce qui a motivé les britanniques. Étaient-ils contre l’UPC? Ont-ils subi des pressions de la part des français? Ou alors comme l’évoque Nde Ntumazah, ils voulaient protéger les leaders de l’UPC?

Quelles que soient leurs motivations réelles, ils ont arrêtés les dirigeants de l’UPC et le 7 juillet 1957, les ont déportés au Soudan où ils ont été détenus pendant 10 jours.

Comment Félix Moumié a-t-il été assassiné?
voici deux recits de témoins sur la mort de Moumié. comparer les contenus pour comprendre.

William Bechtel

William Bechtel, Chevalier de la Légion d'honneur, assassin de Felix-Roland Moumié

Le récit du général Aussaresses

Donc, William [Bechtel] est parti pour la Suisse où s’était réfugié confortablement l’opposant Félix Moumié dans un très bon hôtel de Genève. Mais les choses se passent rarement comme prévu.William s’était adjoint une fille. Les gens ont dit que c’était une fille de  » la Maison  » [le SDECE], mais c’est faux : il n’y a pas de jolies filles dans le Service. Il a pris une jolie fille qu’il a trouvée quelque part, une blonde très visible […], et tous deux se sont installés dans cet excellent hôtel. Ils ont guetté Moumié. Bechtel savait qu’il était assez cavaleur. Le soir, en passant devant le couple installé à une table du restaurant de l’hôtel, Félix Moumié a bien sûr remarqué que la jeune femme lui avait souri. Aussitôt convaincu qu’il avait tapé dans l’œil de la blonde, cet imbécile lui rend son sourire et s’arrête devant la table. Bechtel s’exclame aussitôt :  » Mais, Monsieur, je vous connais ! Nous nous sommes rencontrés au Congrès de la presse agricole, à Helsinki.  » Moumié lui répond qu’il n’y était pas.  » Ah bon ? Prenez tout de même un verre avec nous « , insiste aimablement notre espion. Moumié accepte :  » J’aime beaucoup les boissons françaises, spécialement le Pernod « , dit-il.

Bechtel appelle le serveur :  » Garçon, trois Pernod !  » Puis, regardant avec son air de vieil intello sympathique Félix Moumié, il ajoute :  » Vous dînerez bien avec nous ?  » Moumié, visiblement ravi, s’assied. Les Pernod sont servis. La jeune femme accapare son attention pendant que William verse la dose n° 1. Mais Moumié, trop occupé à parler, ne boit pas. Bechtel, finalement, lève son verre ; la jeune femme prend le sien. Ils regardent l’opposant :  » Tchin-tchin « .

Bechtel et la fille boivent. Mais Moumié ne bronche toujours pas, son verre de Pernod reste sur la table. Le repas est servi. Les plats s’enchaînent, arrosés. Félix Moumié ne boit toujours pas. Au moment du fromage, le Camerounais se lève pour aller aux toilettes. Comme vous pouvez vous en douter, Bechtel a versé la deuxième dose dans le verre de vin de son convive. De retour à table, Moumié se lance dans une interminable discussion. Le temps passe. Bechtel et la fille commencent à désespérer. Ils se disent que si ce fichu Camerounais ne boit pas, c’est raté, car ils n’ont pas d’autre dose. Soudain, Moumié s’interrompt et vide d’un trait, coup sur coup, et le verre de Pernod et le verre de vin. Double dose de poison.

William et la fille se regardent, se demandent s’il ne va pas tomber raide mort devant eux. Le père T. avait bien dit :  » Surtout pas de double dose.  » Quand Moumié remonte à sa chambre, un peu chancelant, William envoie la fille à la réception pour commander un taxi, direction l’aéroport. Il s’agissait de prendre fissa le premier avion pour n’importe où.

Le lendemain, la femme de ménage frappe à la porte de Félix Moumié. Pas de réponse. Il est découvert très mal en point. Transporté à l’hôpital, il meurt quelques jours plus tard, je ne sais pas exactement combien. Toujours est-il que le docteur, venu constater le décès, refuse le permis d’inhumer et fait venir un médecin légiste, qui découvre très vite des traces de poison dans son sang. Un juge suisse ordonne une enquête de voisinage : on apprend que Moumié avait dîné avec Bechtel et la fille. Cet âne de William Bechtel s’était inscrit à l’hôtel sous son vrai nom. Vous parlez d’un agent!

Extrait de : « Je n’ai pas tout dit” du Général Paul Aussaresses »


Jean-Martin Tchaptchet : Il a vu mourir Félix Moumié

Son témoignage, rapporté dans le documentaire de Frank Garbely.

Il réside actuellement à Genève. A l’époque des faits, Jean-Martin Tchaptchet vivait en France et dirigeait la section de l’Upc de l’Hexagone, la seule qui fût autorisée à cette époque.

Le 4 octobre 1960, il est de passage à Genève :  » l’Upc avait promis de fonder un gouvernement et un certain nombre d’étudiants devaient rejoindre ce mouvement.  » Le 15, Tchaptchet quitte l’hôtel Rex en compagnie de Moumié. Ils ont rendez-vous avec un présumé journaliste du nom de William Bechtel. Ce dernier a rencontré le président de l’Upc un an plus tôt, à Accra. Pour l’Upc, il est particulièrement important d’établir un contact avec la presse. C’est le seul moyen d’alerter l’opinion internationale sur son action. William Bechtel a réservé la table 5 au restaurant huppé  »Le Plat d’argent ». Selon le témoignage de Jean-Martin Tchaptchet au micro de Frank Garbaly, le réalisateur du documentaire  » Mort à Genève – l’empoisonnement de Félix Moumié », il n’y avait personne d’autre dans la salle :  » Il ne me souvient pas qu’il y avait des voisins immédiats. M. Bechtel était derrière une paroi et puis derrière le président Moumié et moi, il y avait juste un passage que le garçon pouvait emprunter pour servir à manger. Il n’y avait personne d’autre dans la salle.  » Avant le plat principal, Moumié boit un verre de Pernod. Selon le rapport de la police fédérale suisse, il y avait un gramme de thallium, un poison  » inodore et insipide « . L’ancien dirigeant de l’Upc n’en revient pas encore :  » Je ne sais pas à quel moment cela est arrivé. On regardait les photos qu’il présentait. C’était des photos de lui avec le président Moumié à Accra. Il y avait une atmosphère de confiance.  » Peu après 23h, William Bechtel prend congé. Moumié accompagne Tchaptchet à l’hôtel et se rend 44 rue des Papis où l’attend Liliane F., une présumée belle de nuit qui aurait partagé ses derniers moments. D’après les mêmes sources, Liliane, surnommée Le Perroquet, conduira le président Moumié dans une clinique privée. Transféré à l’hôpital cantonal le lendemain à 23h30, il sombrera dans un profond coma, avant de mourir la 3 novembre.

Nous lançons ce matin une chronique consacrée à « l’offre orange pour une alternance en 2011 au Cameroun ». Nous nous ferons le devoir de relater minute by minute les évolutions et les révolutions de ce mouvement qui fait déjà parler de lui dans les coulisses du pouvoir de Yaoundé.
Nous mettrons au centre de nos analyses, outre les développements idéologiques et les stratégies, les acteurs à la tête desquels se place déjà monsieur Hilaire Kamga (Probable candidat)
Dans nos première lignes, Vous lirez le résumé du livre orange,véritable Bible idéologique de ce mouvement, donc le lancement est prévu pour le 16 juin 2010 avec la dédicace du livre orange. Par ailleurs, une conférence de presse est programmée pour le 3 juin à Yaoundé.
à suivre…

HILAIRE KAMGA
HILAIRE KAMGA

Déclaration de Bonamoussadi, Douala

Répondant à l’Appel lancé par la Plate-forme de la société Civile sur les Élections et la Démocratie, les OSC et les personnalités crédibles des dix provinces du Cameroun, de tous les regroupements tels que les médias, les associations, les ONGs, le Clergé, les Syndicats, les associations de jeunesse, les associations de femmes, se sont retrouvées à Douala, à l’Hôtel Peninsula Plazza et au Centre Spirituel de Bonamoussadi pour évaluer le processus démocratique en cours au Cameroun depuis 1990 afin de prendre des décisions pour les meilleurs perspectives de cette démocratie. Il s’agissait du premier Forum National de la Société Civile sur la Démocratie qui a bénéficié de l’appui de la Société Civile d’Afrique fortement représentée par des délégués venant d’une dizaine de pays d’Afrique,
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Note d’Information Offre Orange
Il y a quelques jours, un livre intitulé «L’Offre Orange pour l’Alternance : Pour le pouvoir, la Nouvelle Génération s’engage » a été mis à la disposition du public. Il s’agit d’une Offre de la société civile pour l’alternance par les urnes et dans la paix au Cameroun.

Depuis quelques mois, la primeur de sa lecture a été réservée aux hauts responsables, dignitaires camerounais, africains et mondiaux; aux responsables des institutions étatiques, d’organisations démocratiques, diplomatiques, socioéconomiques ou religieuses.
Plus d’informations…

Synthèse d’exposé idéologique de l’Offre Orange
Au moment où le Cameroun stagne dans une situation de fin de règne qui remet en activité des forces centrifuges ; ravive des appétits de toute nature annonciateurs de la fin imminente d’un pouvoir dictatorial qui n’a que trop duré ; stimule des ambitions que dévorent nos valeurs nationales, il nous a semblé important, de suggérer aux Camerounais un nouveau leadership, cette fois-ci gagnant, qui permettrait aux citoyens camerounais de mieux négocier le virage très délicat de l’alternance attendue au sommet de l’Etat en 2011.
Plus d’informations…

C’est quoi l’Offre Orange ?

L’Offre Orange c’est une offre de la société civile pour l’alternance par les urnes et dans la paix au Cameroun. Son déroulement intégral est rassemblé dans un ouvrage intitulé «L’Offre Orange pour l’Alternance : Pour le pouvoir, la Nouvelle Génération s’engage».

Le citoyen Hilaire Kamga, porte parole de la Plate-Forme de la Société Civile pour la Démocratie et membre de l’International Peace Bureau de Genève, a été désigné pour signer cette oeuvre. Il a également reçu pour mission de la faire connaître, de la faire admettre afin qu’au Cameroun, en Afrique et pourquoi pas dans le monde, devienne la panacée des révolutions pacifiques maîtrisées des peuples.

La couleur orange choisie pour symboliser cette lutte patriotique au Cameroun est, dans la norme traditionnelle, une couleur intermédiaire entre le rouge et le vert. Or le rouge renvoie au danger immédiat et symbolise, en même temps, le sang et la catastrophe. Le vert, pour l’automobiliste, signifie la liberté et la priorité, l’autorisation de faire ce que l’on veut.
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Pourquoi l’Offre Orange ?
Tous les Camerounais espèrent ardemment que ce régime, au début porté par toute une nation en quête d’unité, de liberté, de dignité, ainsi que de véritable souveraineté, va disparaître à jamais parce qu’il a déçu plus que de raison. Les contradictions qui plombent notre compréhension des phénomènes psychosociaux et historiques ont été amplifiées ; le néo colonialisme s’est approfondi au point que, 50 ans après l’Indépendance, nous n’avons toujours pas de monnaie nationale, de langue nationale, de politique nationale, de développement endogène. Notre croissance- quand la conjoncture internationale nous laisse la possibilité d’en avoir – ne fait accroître que le sous développement, nous offrant ainsi en holocauste aux organismes de BRETTON WOODS.
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Comment, l’Offre Orange?
L’Offre Orange que nous mettons sur la table est fondamentalement basée sur la réconciliation nationale. Cela se traduit techniquement par la mise en place d’une Commission Vérité-Réconciliation (CVR). Parce que nous admettons le fait que les citoyens ont tous été victimes d’un système néo colonial prébendier depuis un demi-siècle, la nouvelle génération s’engage dans la voie du pardon. Pardon au bourreau d’hier. Pardon aux complices passifs ou actifs de ces bourreaux. Nous leur tendons la main pourvu que la leur soit ouverte. Nous offrons à travers l’Offre Orange, la possibilité à tous les prévaricateurs de notre économie, à tous les criminels du Système, de signer le contrat de tolérance (COTO) que nous proposons.
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Avec qui l’Offre Orange ?
L’Offre Orange s’est construite autour d’une logique de fédérer toutes les initiatives du changement, mais après avoir disqualifié circonstantiellement, au niveau du leadership, les chefs des partis politiques qui ont occupé les devants de la scène politique de 1990 à nos jours. Ces structures ont montré leur incapacité à convertir en stratégies victorieuses leurs proclamations et leur agitation. Bien entendu, nous ne négligeons pas le fait que le pouvoir néocolonial en place à Yaoundé n’a pas lésiné sur les moyens pour réduire en complices passifs ou actifs certaines formations politiques pourtant initialement très engagées.
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